Les origines du tarot de Marseille
Le Tarot de Marseille est aujourd’hui l’un des jeux de cartes divinatoires les plus connus en Europe.
Pourtant, à l’origine, il ne s’agissait pas d’un outil ésotérique mais d’un simple jeu de cartes qui a fait son apparition à la fin du Moyen Âge.


Le terme « tarot de Marseille » ne désigne pas une création purement marseillaise, mais un style iconographique standardisé : figures stylisées, couleurs franches (rouge, bleu, jaune), symboles forts comme Le Bateleur, La Papesse, L’Impératrice ou Le Monde.


Les origines italiennes du tarot
Les premières traces du tarot remontent au XVe siècle dans le nord de l’Italie, principalement à Milan, Ferrare et Bologne. À cette époque, il ne s’agit pas encore d’un outil divinatoire, mais d’un jeu de cartes raffiné destiné aux élites aristocratiques. Ces jeux, appelés « tarocchi », étaient commandés par de grandes familles italiennes, notamment les Visconti-Sforza, puissants mécènes de la Renaissance.
Les premiers jeux connus comportaient déjà une structure proche de celle utilisée aujourd’hui : 78 cartes divisées en deux ensembles. D’un côté, 56 cartes dites « mineures », organisées en enseignes comparables aux cartes classiques. De l’autre, 22 cartes illustrées représentant des figures symboliques, ancêtres des futurs arcanes majeurs.
Ces cartes étaient souvent peintes à la main et réalisées comme de véritables objets d’art. Elles reflétaient l’esthétique de la Renaissance italienne : richesse des couleurs, symboles religieux, références au pouvoir, à la morale et aux cycles de la vie humaine.
À cette période, le tarot reste néanmoins un divertissement de cour. Aucun document historique ne permet d’affirmer qu’il était utilisé pour prédire l’avenir ou transmettre un savoir occulte même si la magie blanche et noire est déjà utilisée.
La naissance du tarot de Marseille
Le modèle aujourd’hui appelé « tarot de Marseille » apparaît plus tard, entre le XVIe et le XVIIe siècle, avec le développement de l’imprimerie et de la fabrication des cartes en France.
Lyon d'abord, Marseille ensuite... les deux villes deviennent d’importants centres de production et de diffusion.
Le tarot de Marseille désigne une famille de tarots partageant une iconographie commune : Le Bateleur, La Papesse, L’Empereur, L’Hermite ou encore Le Mat. Ces figures deviennent progressivement des références visuelles majeures dans la culture ésotérique occidentale.
La standardisation des motifs permet une diffusion beaucoup plus large du tarot dans les différentes couches de la société européenne. Les cartes ne circulent plus uniquement dans les milieux nobles mais également parmi les classes populaires, les joueurs et les marchands.
Le style graphique du tarot de Marseille, avec ses couleurs franches et ses symboles immédiatement reconnaissables, participe largement à sa longévité.
Encore aujourd’hui, il reste le support privilégié de nombreux praticiens du tarot divinatoire.
Le basculement vers l’ésotérisme au XVIIIe siècle
C’est au XVIIIe siècle que le tarot change profondément de statut. Plusieurs auteurs et érudits commencent alors à lui attribuer une dimension mystique et initiatique. Parmi eux, Antoine Court de Gébelin joue un rôle central.
Dans ses écrits, il affirme — sans preuve historique — que le tarot trouverait ses origines dans l’Égypte antique et qu’il renfermerait un savoir secret transmis à travers les siècles. Cette théorie rencontre un fort écho dans les cercles occultistes européens.
Au XIXe siècle, les arcanes sont associés à la kabbale, à l’alchimie et aux traditions initiatiques. Le tarot devient progressivement un outil d’interprétation spirituelle, de méditation et de divination.
Cette réinterprétation transforme durablement l’image du tarot dans l’imaginaire collectif. Les cartes ne sont plus seulement vues comme un jeu mais comme un langage symbolique capable d’explorer la psychologie, les émotions ou les chemins de vie.
C’est précisément cette évolution qui explique sa fascination durable. Le tarot traverse les siècles parce qu’il mêle histoire, art, spiritualité et imaginaire collectif dans un même objet. Derrière chaque arcane se croisent ainsi plusieurs lectures : historique, philosophique, psychologique et mystique.
